Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

"A toi, qui est mort dans la rue"

Les exclus de la littérature sont poètes, et les poètes souvent exclus... A vos plumes, amis des Muses, notre journal vous ouvre ses pages...

Ces lignes, je les ai lues à la page Poésie du journal mensuel Sans Abri. Je l'ai payé 2€. Un peu plus tard je me suis dit : "T'es bête, tu aurais pu donner au moins 5€ à cet homme, 2 pour son journal, 3 pour lui". Bien que 3€, ça ne pèse pas bien lourd de nos jours, surtout quand on n'a pas de toit.

Sur un banc au soleil j'ai commencé à lire le journal et page 3 : Poésie. Pas moins de six poèmes, pour certains signés d'un simple prénom, pour d'autres du nom entier. J'ai retenu celui d'un anonyme. Saturé de désespoir et de colère, il porte au coeur. Je vous laisse en juger.

plume artipik- A  toi, qui est mort dans la rue -

Bruits du matin, poubelles, klaxons, réveil.
Mal à la tête, trop bu hier. Yeux hagards.
Courbatures. Dur le sol du hangar.
Froid, pluie, pas de soleil.
Teint et ciel blêmes. Envie de gerber. Quel jour de merde !
Heureusement la bouteille de vin n'est pas vide.
Rasade, chaleur, partir avant d'être chassé.

Quel monde, quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Plus de but, sinon manger et se coucher.
Commencer à mendier.
Rasade, aller encore une pour affronter les regards :
Méprisants, indifférents, fuyants, gênés.
Très peu de regards normaux pour voir la réalité.
L'être humain et non le clochard.
Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Un jour en foyer, des fois deux. Puis la rue, un ou plusieurs jours.
Puis de nouveau foyer.
Et ça continue sans fin.
Mais pas souvent sans faim.
Ce matin pas moyen de se laver.
Ni de se raser.
Plus d'importance.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Jamais de proposition de travail avec un salaire.
Pas de travail, pas de logement. Et pas de logement, pas de travail. Comment faire ?
Services sociaux inutiles, sauf pour ceux qui travaillent dedans.
Police, justice, factices, au service du pouvoir et de l'argent.
Et pourtant de partout il est écrit liberté, égalité, fraternité. Quelle connerie !
Même les églises sont souvent fermées.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Les riches et les puissants de tous les pays, volent, pillent, exploitent les pauvres.
Et avec ce qu'ils gagnent grâce à cela, ils font des dons.
Afin de s'acheter une conscience ou peut-être un salut.
Qu'est-ce que les riches et les puissants sont bons.
C'est grâce à eux que je ne meurs pas. Que cette vie de chien continue.
Quels salauds !

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
Pourquoi suis-je né ?
Vivement la fin, sans regrets.
Qui sait, s'il n'y a pas de vraie vie pour moi avant la mort,
Peut-être y aura-t-il une vraie vie après la mort?
Au pire ce sera le néant.
De toute façon, ce sera mieux que maintenant.
Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir.
A ma mort pas de messes dans une cathédrale ou une église
Je suis quelqu'un sans importance.
Le Dieu des pauvres n'a guère suscité d'églises
Totalement Au service des vrais pauvres.
Pendant ma vie, je n'ai dérangé presque personne.
Ma mort, elle ne dérangera personne.
Elle ne vous empêchera pas de dormir.
Faites de beaux rêves. Faites la fête pour oublier les autres.

Quel monde. Quelle vie. Pas moyen de s'en sortir...
Sauf en mourant.

Anonyme
Sans Abri, Journal pour lutter contre la précarité, N°157
Supplément mensuel à l'Itinérant
France, Belgique, Suisse

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
T
<br /> C'est ça le plus triste. Avant, les églises étaient ouvertes aux miséreux qui pouvaient y trouver refuge. Maintenant c'est fermé comme n'importe quelle propriété privée. Dieu, comme le reste, ne<br /> serait-il accessible qu'à ceux qui en ont les moyens ?<br />
Répondre
M
<br /> C'est effroyable...Oui même les églises sont fermées...<br /> <br /> <br /> Merci pour le partage ma chère Thaddée<br /> <br /> <br /> Gros bisou<br />
Répondre
T
<br /> Oui, c'est vraiment le cri rauque d'un être abandonné et découragé. Et comme tu dis il doit falloir avoir le coeur bien accroché pour faire partie des assosciations qui tentent de venir en aide à<br /> ces exclus. Ils font un travail formidable, mais d'une telle ampleur ! Où est le bout du tunnel...<br />
Répondre
G
<br /> Ouh, j'en frissonne encore. Magnifique cri du coeur, très bien brodé, c'est une très bonne idée d'avoir fait partagé ce poème. Je conseille à tout le monde d'aller faire un tour sur le site du<br /> collectif : les morts de la rue. Une belle association où il vaut mieux être très solide...<br />
Répondre
T
<br /> Ce poème m'est allé droit au coeur, et je voulais le faire lire à d'autres personnes. Passe une bonne fin de journée Mireille.<br />
Répondre