Quand j'ai jeté sur la page ces quelques mots : "Y'a pas de littérature sans rature et sans raté" j'étais sensible au son plutôt qu'au sens. Mais je ne croyais pas si bien dire. Un commentaire d'Orfée m'a ouvert les yeux : le livre primordial... reproduisait sciemment les fautes commises !
C'est tellement vrai que les massorètes indiquaient dans la marge les fautes commises: leurs successeurs copistes reproduisaient fidèlement le texte et les annotations qui faisaient désormais partie de l'ensemble. Un édifice avec les fêlures du temps... [Orfée]
Ma curiosité naturelle m'a fait rechercher sur le Net plus d'informations sur ces massorètes, ces copistes, ces copies, ces marges et ces fautes. Et voilà ce que j'ai découvert.
La transmission fidèle de chaque mot
La préoccupation première des massorètes était la transmission fidèle de chaque mot, et même de chaque lettre, du texte de la Bible. Par souci
d’exactitude, ils marginèrent chaque page pour signaler les éventuels changements effectués, volontairement ou non, par les copistes prémassorétiques. Dans ces notes marginales, ils indiquèrent
également les variantes orthographiques et les tournures peu usitées, précisant le nombre de leurs occurrences à l’intérieur d’un même livre ou dans l’intégralité des Écritures
hébraïques. Vu le peu de place disponible, ils recoururent à un code extrêmement abrégé pour porter ces commentaires. Ils signalèrent en outre le mot ou la lettre médiane de
certains livres, fournissant ainsi un instrument supplémentaire de vérification. Ils allèrent jusqu’à dénombrer toutes les lettres de la Bible pour s’assurer de la fidélité de leurs
copies.
Dans les marges supérieures et inférieures, les massorètes portèrent des commentaires plus étendus concernant les notes abrégées des marges latérales, commentaires très précieux pour effectuer des vérifications. Puisqu’il n’existait ni numérotation de versets ni concordance biblique, comment ces notes comparatives renvoyaient-elles à d’autres parties de la Bible? Les massorètes inscrivaient dans les marges supérieures et inférieures un extrait des versets parallèles pour se souvenir des autres occurrences du ou des mots indiqués. Le manque de place les amenait souvent à ne porter qu’un seul mot-clé du verset parallèle. Pour que ces notes marginales présentent un intérêt, ces copistes devaient pratiquement connaître par cœur l’intégralité des Écritures hébraïques.
Les listes trop longues pour figurer en marges étaient reportées à un autre endroit du manuscrit. Par exemple, la note
massorétique en regard de Genèse 18:3 indique les trois lettres
, qui correspondent en
hébreu au chiffre 134. Ailleurs dans le manuscrit sont recensés les 134 emplacements du texte hébreu où les copistes prémassorétiques ont délibérément remplacé le nom divin YeHoWaH
(Jéhovah sous la forme francisée) par "Seigneur". Les massorètes connaissaient pertinemment ces changements, mais ils ne se sentaient pas autorisés à modifier le texte dont ils étaient les
dépositaires, aussi préférèrent-ils signaler les altérations par des notes marginales. Pourquoi mettaient-ils un tel point d’honneur à préserver un texte pourtant déformé par leurs
prédécesseurs? Le judaïsme qu’ils professaient était-il différent de celui de leurs devanciers?
Source : Les Massorètes