Les blogs ont changé ma façon d'écrire. Jusqu'en 2007, date à laquelle j'ouvris mon premier blog sur Orange sous le pseudo de Voix Blanche, j'écrivais des romans. Faut-il regretter de ne plus savoir écrire, à présent, que de la poésie ? Cela valait-il mieux d'écrire des centaines de pages avant de m'arrêter brusquement sans trop savoir pourquoi, peut-être à bout de souffle à mi-chemin du labeur éreintant que ça représente de construire une histoire, plus certainement encore à me faire immanquablement prendre au piège d'intrigues alambiquées qui ne s'appuyaient, hélas pour moi, sur aucun plan détaillé. Valait-il mieux perdre mes journées et mes nuits à rédiger des textes pour la plupart inachevés, destinés par la force des choses à rester pour toujours tapis dans les coffres, les cartons et les placards ?
Je ne sais pas.
Ce que je sais, c'est "qu'avant" j'avais le temps. Le temps d'écrire toute la journée ; le temps d'y passer des nuits blanches ; le temps de m'inscrire dans une durée ; le temps d'en tomber malade.
Aujourd'hui ce n'est plus le cas.
Parce que je ne suis plus aussi jeune, que je me fatigue plus vite, et que le travail et l'écriture sont incompatibles. Je n'ai pas le temps matériel de faire les deux. Je n'ai pas non plus l'opportunité de choisir entre écrire et travailler, car écrire ne me rapporte rien, alors que travailler me permet de vivre.
Un sacrifice qui ne m'est pas trop difficile dans la mesure où je continue quand même de noircir quelques pages en passant, au rythme d'un poème minimum par mois.
C'est ce que m'avait suggéré quelqu'un il y a très longtemps : si tu n'as plus le temps d'écrire, si tu n'arrives plus à écrire des romans, concentre-toi sur des textes plus courts, écris des nouvelles ou des contes.
J'ai pris le raccourci qui me conduisait direct à la poésie.
La poésie m'économise du temps, des forces, et la déception de ne pas mettre un point final à mes histoires.
La poésie me permet d'exprimer des états d'âme récurrents sans toutefois me faire tourner en rond dans le même drame, au coeur de tous mes romans.
La poésie me permet d'acquérir (je ne dis pas conquérir) sans avoir à me battre un lectorat fidèle et réactif. Ce n'est pas le cas de mes romans, laissés pour compte dans un coin, restés complètement inconnus du public.
Alors faut-il regretter de ne plus écrire comme j'écrivais à l'époque de Fragments d'une vie brisée ?
... Eh bien oui, je regrette.
Il me manque mes chers personnages au fond desquels je me coulais pour vivre dangereusement mes vies parallèles.
La poésie ne m'apporte pas grand chose en termes d'enrichissement personnel. La poésie ne me fait pas vivre en territoire miné. Je ne prends aucun risque à gribouiller des poèmes. Quand j'écrivais des romans, je mettais ma vie en danger.