Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

Le ciel par dessus le toit

 

Voici une deuxième histoire vraie que j'avais écrite pour la Rubrique Petits mystères au quotidien de mon blog Papier de Verre sur Overblog. C'est une des trois manifestations "surnaturelles" qui m'aient été données de vivre après la mort de mon gros chat noir Grichka. La troisème histoire je ne l'ai pas retrouvée ; je tâcherai de la réécrire d'après les souvenirs qu'il m'en reste.

--------------------

Mercredi 3 novembre 2010, 17 :10 – Demain nous serons le 4 novembre, date-anniversaire de la mort de mon gros chat dont je parlais dans l’article Les images inimaginables. Demain, je n’aurai ni le temps ni le cœur d’écrire quelque chose alors je le fais ce soir. Voilà trois ans qu'il est mort, foudroyé par une maladie des reins, et il me manque toujours autant. Chaque fois que je vois un chat noir c’est un peu lui que je vois. Étais-tu sorcier mon gros chat ? – Tout ce que je sais, c’est que depuis ta mort, le mystère escorte mes pas…

----------

Mialuna Disait le chat Transi d’amour Je meurs de froid C’est aujourd’hui Mon dernier jour

Mialuna Qui me veut Tout à toi Tu m’as donné La nuit Mais je ne t’en veux pas

Toi Si tu vois un chat Dans la lune Eh bien sache Que c’est moi Qui fait Comme une tache brune A la surface de l’astre froid

Ce chat qui miaulait A la lune On l’entend murmurer Mialuna C’est du vent qui souffle et qui fume Où je rêve de toi

D’un chat Fou d’amour pour la lune Qui s’appelait Grichka.

Crypties, L'ultime nuit de pleine lune, 2007, par Thaddée

 

*****

 

Cette histoire se passe début septembre 2010 (c’est à dire il y a deux mois). Aux premiers jours de ce mois de septembre je peux enfin me poser, respirer, recommencer à vivre, oublier, si je peux, qu'on m’a pris ma vie. J’ai posé les valises et déposé les armes. Dans quelques jours, je commencerai à écrire Amor. La seule chose qui soit vraiment installée dans ma nouvelle vie, c’est cette minuscule table orange pour que le chat (Félix) puisse manger ses croquettes à l’abri du chien (Oscar). Pour le reste c’est le capharnaüm, et c’est le capharnaüm avec ce qui me reste (c’est à dire même pas la moitié de ce que je possédais). J’apprends à faire le deuil de tout ce que j’ai perdu. J’endosse, pour un temps, cette espèce de vie monacale qui me fera écrire Amor. Je ne fume presque plus. Je reste des heures à regarder en moi-même. J’apprends à me calmer.

Je mange à la table orange, sur un tabouret noir circulaire. Et dès les premiers jours de septembre je ressens, très fort, une présence dans mon dos. Si forte est cette présence que je me retourne vers le mur du fond. Je ne peux même pas l’apercevoir : les cartons s’entassent jusqu’au plafond (bas, le plafond). Je regarde vers la fenêtre de toit. On ne voit que le ciel à travers. Alors je recommence à manger, mais le trouble s’empare de moi…

Chaque fois que je m’attable devant mon repas, je sens cette présence, et même cet appel, juste derrière moi. Chaque fois je me retourne. Pour, chaque fois, ne voir que l’entassement des cartons.

J’essaie de comprendre qui m’appelle et j’essaie surtout de me raisonner. Derrière moi il n’y a que le mur et les cartons. Au-dessus de moi rien que la fenêtre de toit. Rien que le ciel. Et cependant on m’appelle.

Au point que je me lève un jour pour faire le tour de cet informe bric-à-brac et chercher d’où provient cette manifestation silencieuse mais désormais incessante.

Et là, devant ce mur de cartons surmonté de paperasses, je perce le mystère de cet appel pressant… et je commence, à deux mains, follement, à déblayer ce qui peut l’être, je creuse une sorte de trouée par laquelle j’aperçois mais sans pouvoir l’atteindre « l’objet » d’où monte cette plainte. Et je dis : « je ne peux pas vous atteindre, je ne peux pas ! »

Tous les jours suivants, je m’attelle à démonter le mur de cartons pour me donner libre accès… mais quand je tends la main ce n’est pas encore assez dégagé, je n’ai pas encore assez de passage, il me faut encore déblayer, déblayer, tandis que le contenu des cartons vidés par terre m’empêche de circuler, tandis que se pose un vrai problème d’espace habitable  et je creuse toujours en direction de…

Jusqu’au jour où. Enfin. Je peux mettre la main sur la panière et la tirer au jour.

Et je l’ouvre, par terre, à genoux, pour y prendre : deux urnes funéraires, où reposent les cendres de mes deux chats.

Qui rejoignent leur sanctuaire, sur le buffet, entre des bougies et leurs jouets préférés.

Depuis, plus personne ne me supplie de le délivrer. Plus personne ne m’appelle. Mes chats ont retrouvé le repos.

Moi aussi.

Jeudi 4 novembre 2010 - Ce matin, lorsque j'ouvre les volets, la première chose que je vois, c'est un chat noir. Il me regarde.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article