Si j'ai
laissé mon nom sur les marches d'un temple
C'est parce que j'ai lu de vrais poètes. Honte à moi
Qui me prends pour ce que je n'ai jamais été
Peut-être.
Ces poètes gravissent les degrés du temple
Dispersant mon nom sous leurs semelles de vent !
J'ai très peur maintenant qu'il n'y ait que ma tombe
Où l'on puisse lire ces mots : Thaddée Sylvant.
Le temps ferme la trappe sur l'alchimie du verbe
A vivre dans le noir il sent fort le salpêtre
Vestiges de jeunesse et reliques profanes
Leurs cendres fossiles ont-elles trace de mon âme ?
Je suis comme un guerrier dont on brise le glaive
Que l'on force à passer sous les fourches caudines
Mais autant que je doive fléchir mon échine
Je m'acharne à signer mes écrits dans la terre.
J'arrache à poignées l'ortie blanche, le chardon
Le fer de lance bleu, la folle vigne vierge
Je noircirai mes traits aux boulets de charbon
Pour qu'on me reconnaisse à ma pupille verte
Et puis je partirai comme je fais toujours
Explorer les planètes que désertent les autres
J'y brûlerai sans doute mes dernières cartouches
Pour revenir un soir sans m'excuser de rien.
Rejoindre mon temple, au moins ce qu'il en reste
Un atlante amputé de ses mains, de sa tête
Et fièrement défile une armée de poètes
Qui me saluent de loin, qui me connaissent
... Peut-être.
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