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DA.V.-L.A.V.

Après avoir lu cet article, vous ne me verrez plus jamais comme avant. Sauf si j'étais déjà dingue à vos yeux.

C’était je crois bien mardi ou mercredi dernier entre 21 :00 et 21 :30. Les soirées sont encore tièdes, huit jours en arrière. Il fait bon flâner sur l’esplanade en fumant une dernière cigarette. On y domine la ville, tellement scintillante qu’on la dirait cousue de guirlandes. La vue, d’ici, est à couper le souffle. Tard le soir on n’aperçoit plus les montagnes ni le fleuve et la rivière, juste les bâtiments éclairés, les rues et les ponts. Cette ville qui ne dort pas encore, c’est une ville en or.

Sur la gauche on voit très nettement le Crayon, rouge le jour, qui se trouve être la tour du Crédit Lyonnais. Il n’y a rien, dans cette ville, de plus haut que le Crayon. Normalement il n’y a rien qui soit au-dessus du Crayon.

Sauf ce soir, fin septembre 2010.

Ça me tire l’œil tout de suite, dès que j’arrive sur l’esplanade : au-dessus du Crayon, sur sa droite, il y a cet objet rectangle illuminé complètement immobile.

Je répète : un objet rectangle illuminé complètement immobile.

Je vous jure qu’à sa vue mon cœur se serre. Je m’arrête, incrédule, en murmurant : « Qu’est-ce que c’est que ça. »

Je regarde autour de moi comme si je pouvais trouver la réponse sur l’esplanade obscure et déserte. Puis je regarde à nouveau dans la direction du Crayon : la chose est toujours là. Rectangle et dorée, complètement immobile.

Ça ne peut pas être la lune : c’est rectangle et très grand.

Ça ne peut pas être un bâtiment : il n’y a rien qui soit aussi haut que le Crayon.

Ça ne peut pas être un hélicoptère ou un avion puisque ça ne bouge pas.

Ça ne fait aucun bruit.

C’est immense. Égal à la moitié d’un immeuble.

Je m’approche tout au bord de l’esplanade au-dessus du vide en rivant les yeux sur l’objet pour essayer de déceler un mouvement, quelque chose qui puisse enfin me faire comprendre ce que c’est. Mais ça ne bouge pas. C’est comme un vaisseau brillamment éclairé, dans le ciel, à la pointe (ou presque) du Crayon.

Je reste là, plusieurs minutes, à contempler cette chose, la tête et le cœur traversés d’une vague de froid, je crois que c’est de la peur, peur de l’inconnu, peur de voir ce que personne d’autre ne voit (la ville est si tranquille) peur que quelque chose m’arrive pour avoir vu quelque chose qu’il ne fallait pas voir.

Je fais lentement le tour de l’esplanade en me retournant à chaque pas, quand, presque imperceptiblement, la chose entre dans les nuages et s’éteint derrière.

Je m’arrête et j’attends de la voir réapparaître mais elle ne réapparaît pas.

Surplombant l’esplanade il y a ce petit parc où discutent à voix basse deux ou trois jeunes mecs accoudés sur le mur. Ils ont une vue imprenable sur la ville et le Crayon. Ils ont dû voir la chose. Ils devraient être en alerte mais l’un d’eux téléphone : je crois me rappeler qu’il parlait de manger.

Longtemps, sur le chemin du retour, je me retourne. Malgré moi je guette sa réapparition, presque je l’espère, ne serait-ce que pour me convaincre de n’avoir pas rêvé. Je scrute l’obscurité du ciel, l’épaisse densité des nuages, et je ne vois rien, je n’entends rien qui m’éclaire sur ce que j’ai vu, qui seulement me confirme que j’ai bien vu ce que j’ai cru voir.

Je rentre, un grand trouble dans le coeur, à me demander ce qui peut bien se passer à partir de maintenant.

Le lendemain soir j’y retourne : au-dessus du Crayon il n’y a rien.

 

David Vincent les a vus. Moi aussi.  

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